Monsieur le Maire, Mes chers collègues,
Je tiens ici à tenir un langage de vérité sur cette réforme des rythmes éducatifs, qui fait couler beaucoup d’encre, et qui est très importante pour notre collectivité pour au moins deux raisons, après 10 ans de gouvernement de droite qui ont laissé l’école sinistrée, ce que je tiens ici à rappeler. J’entends, comme vous, les critiques qui s’expriment, parfois avec véhémence, sur le projet de réforme des rythmes éducatifs, lequel s’inscrit ans le cadre de la Refondation de l’école, voulue conjointement par le Président de la République et par le Ministre de l’Education Nationale, et pour laquelle la concertation s’est engagée dès les premières semaines d’action du nouveau gouvernement. Les attentes des enseignants, des parents sont plus que légitimes tant l’école a été malmenée, au cours de ces 10 dernières années. Pour mémoire, je rappellerai les suppressions massives de postes d’enseignants, le non remplacement d’enseignants malades, la suppression des Rased, la baisse des moyens, etc. Alors, oui, je crois que nos enseignants et les parents des petits Parisiens sont légitimes à exprimer une attente forte vis-à-vis de cette refondation de l’école. Oui, nous avons face à nous une attente forte, une impatience grandissante pour que le changement annoncé et espéré par beaucoup concerne l’école au premier chef. Oui, nous avons le devoir moral de réussir cette réforme de l’école, non seulement parce qu’elle est essentielle pour le bien être des enfants, incontournable pour l’avenir de notre société, et nécessaire pour restaurer la confiance des enseignants dans notre volonté d’être à leur écoute pour redonner au système éducatif français les moyens d’être celui qu’il doit être, à savoir celui d’un pays leader en Europe, reconnu pour la qualité de ses enseignements et pour la réussite de ses élèves.
Tout d’abord cette réforme est emblématique de la volonté du président de la république et du gouvernement de faire de l’éducation une priorité des priorités dans notre pays. Les chiffres le disent : 60 000 postes créés dans le quinquennat (contre 14.000 suppressions de poste rien qu’en 2012), une réforme des programmes à venir et une réforme des rythmes éducatifs en cours. Mais la refondation de l’école passe aussi par le développement de l’accueil des enfants de moins de trois ans, la redéfinition des missions de l’école maternelle, la création d’un parcours artistique et culturel, la création du dispositif « plus de maîtres que de classes » notamment pour les zones difficiles.
Sans oublier la création d’école supérieure du professorat et de l’éducation pour former aux métiers de l’éducation, car enseigner est un beau métier, mais un métier difficile et exigeant. Et surtout un métier qui s’apprend en début de carrière comme tout au long de la carrière. Le moindre des respects pour celles et ceux qui embrassent cette belle carrière que celle de l’enseignement est de leur apporter dès le départ les outils, les réflexes indispensables à l’exercice de la mission exigeante qui est la leur : former nos enfants pour que, une fois adultes, ils trouvent leur place dans notre société. Le précédent gouvernement avait cassé cette formation, nous nous l’a remettons en place, car elle est indispensable et nous entendons placer la recherche en éducation et l’innovation des pratiques au cœur des priorités de ces écoles supérieures du professorat et de l’éducation.
Cette réforme est aussi une réforme juste.
Je souhaite ici rappeler l’existence d’un consensus au sein de la communauté éducative pour dire que la semaine de 4 jours mise en place par la droite en 2008 n’est pas satisfaisante, et qu’il est préférable de passer à 4j ½.
Raccourcir la journée d’apprentissage dur, étaler les 24 heures hebdomadaires d’enseignement, voilà le fondement de cette réforme des rythmes éducatifs. L’intérêt des enfants est la seule boussole pour ce gouvernement comme pour notre collectivité.
Un deuxième consensus existe au sein de la communauté éducative : cette organisation du temps scolaire pénalise nos élèves et explique en grande partie leurs mauvais résultats dans les enquêtes PISA.
Je tiens aussi à rappeler qu’une concertation sur le sujet avec le Ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, a été lancée dès le mois de mai 2012, avec les organisations syndicales, enseignants comme parents d’élèves, et la réforme était alors unanimement saluée par les partenaires.
C’est pour une application des grands principes de cette réforme dès septembre 2013 que la municipalité propose plusieurs hypothèses de travail :
- Une entrée le matin plus tardive que le 8h30 actuel
- Ou une pause méridienne allongée
- Ou une fin des cours à 15h30, suivi d’une heure d’activités périscolaire gratuite, une hypothèse qui a les faveurs de l’exécutif ainsi que vous l’avez dit, Monsieur le Maire de Paris, hier après-midi dans cet hémicycle.
Il faut noter que de nombreuses propositions émanent des Conseils d’école, et beaucoup sont déjà en ligne sur Paris.fr, comme celles de l’école Armand Carrel dans le 19e, de l’école Vitruve dans le 20e, et l’école Croulebarbe dans le 13e. Je vous invite à aller les lire.
Ceci est la preuve que la concertation, lancée depuis un mois par le biais de réunions publiques comme d’un site dédié, est un vrai moment de démocratie participative, et je tiens ici à saluer le travail remarquable et la volonté absolue de d’Anne Hidalgo et de Colombe Brossel. Elles ne ménagent pas une seconde leurs efforts en la matière.
Toutefois, je tiens à répondre par avance aux esprits chagrins qui ne manqueront pas de s’exprimer au cours de ce débat, que cette concertation ne se limite pas à l’organisation de quatre grandes réunions publiques, dont déjà deux se sont déroulées, réunissant à chaque fois plus de 600 personnes, ce qui témoigne de l’importance du sujet et de la vigilance des Parisiens quand il s’agit de la scolarité de leurs enfants. J’en profite d’ailleurs pour vous convier toutes et tous à participer à la prochaine grande réunion publique qui se déroulera le 18 février prochain à l’Espace Reuilly dans le 12e arrondissement.
Mais au-delà de ces réunions et des contributions reçues par le biais du site Internet, absolument nécessaires et utiles pour nourrir notre réflexion, je tiens à rappeler que la concertation engagée par la Ville de Paris s’appuie également sur une double dynamique parisienne et locale au niveau des arrondissements. Parisienne, au travers des très nombreux rendez-vous et réunions de travail que vous menez, Monsieur le Maire, depuis plusieurs semaines, avec les représentants des fédérations de parents d’élèves, avec les syndicats d’enseignants, avec les représentants syndicaux des personnels de la Ville de Paris, avec les services du Rectorat et des directions de la Ville concernées que sont la DASCO en premier lieu, mais également la DJS, la DAC, la DRH. Localement, par le travail qu’il nous incombe de mener en tant que Maires d’arrondissement en réunissant tous les acteurs du territoire, en participant aux conseils d’école, dont beaucoup sont exclusivement consacrés à cette réforme. Il nous appartient de démontrer dans nos arrondissements, par l’écoute et la persuasion que la mise en œuvre de cette réforme dès la rentrée 2013 est non seulement possible mais qualitativement une avancée pour les élèves, et c’est d’ailleurs ce point qui doit servir de marqueur dans la réussite de ce projet ambitieux.
Dans cette phase de concertation, le dialogue est essentiel. C’est pourquoi, en tant que Maire du 12e arrondissement, j’ai d’abord réuni l’ensemble des directeurs d’école pour échanger avec eux, expliquer notre engagement, rassurer sur les moyens que nous entendions dégager pour réussir cette profonde transformation de l’école. C’est pourquoi, j’ai souhaité que les élus et les représentants du Maire dans les écoles soient réunis pour échanger et leur donner des éléments de réponses précis et concrets afin de leur permettre d’apporter leur contribution au débat dans les conseils d’école. C’est pourquoi, j’ai incité les fédérations de parents d’élèves à organiser, par école ou par bassin d’écoles, des temps d’échange avec tous les parents afin que nous puissions expliquer notre démarche, rassurer sur nos engagements en terme de moyens humains et financiers, et préciser notre calendrier. C’est pourquoi, je vais réunir l’ensemble des acteurs locaux, gestionnaires des centres d’animation, associations, responsables des équipements municipaux qui seront une pièce maîtresse de la réussite de cette réforme des rythmes éducatifs.
Le débat est loin d’être clôt. Au contraire, il ne fait que commencer. Il est de notre responsabilité de le faire vivre pleinement d’ici à notre séance de mars prochain. Contrairement à ce que d’aucun affirme, la mise en œuvre à Paris de la réforme des rythmes éducatifs n’est nullement arrêtée ou « verrouillée ». Et, je salue, à ce propos, votre détermination Monsieur le Maire à laisser toute sa place à la concertation et à ne fermer aucune option. J’y vois la preuve de votre détermination à réussir cette réforme en tenant compte de l’avis du plus grand nombre. Tous les scénarios envisageables le sont pour que chacun trouve sa place dans la réforme, qui est faite pour la réussite des enfants – tout le monde en convient -, mais elle doit aussi être l’occasion d’améliorer les conditions de travail de chacun.
Mon groupe se félicite aussi que la Ville de Paris soit prête à mettre les moyens financiers et humains pour la réussite de cette réforme : ainsi la dé-précarisation des personnels en charge du périscolaire, qui a déjà commencé il y a quelques mois et sera considérablement confortée à cette occasion, la création d’une filière animation est envisagée, avec ce que cela comprend en terme de recrutement, de formation continue, d’évolution de carrière.
Je tiens à rappeler ici à mes collègues de l’opposition municipale que quelle que soit la nouvelle organisation hebdomadaire du temps scolaire que notre collectivité choisira, les activités périscolaires avant 16h30 seront gratuites pour tous les enfants. Là encore, c’est un gage de justice sociale et d’équité entre tous les petits Parisiens, qui est à nos yeux un des éléments clés de la mise en œuvre de cette réforme à Paris.
Je tiens aussi à rassurer mes collègues sur l’exigence de notre collectivité vis-à-vis de ces trois heures d’activités périscolaires hebdomadaires supplémentaires gratuites en terme de qualité. Ces trois heures sont autant de chances d’ouvrir l’école et de la lier plus intensément qu’aujourd’hui au tissu associatif et culturel du quartier qui l’entoure. Il est indéniable qu’un égal accès à la culture, aux activités sportives et artistiques participe à la résorption des inégalités socio-économiques et au vivre ensemble qui nous est cher, et vers lequel doit tendre l’école républicaine qui est la nôtre.
En tant que Maire d’arrondissement, je mets ma connaissance du terrain – le 12ème en l’occurrence – et mon enthousiasme au service de cette réforme, qui marque le premier pas vers le rétablissement d’un vrai service public de l’éducation, trop longtemps négligé et sinistré.
C’est à un Projet éducatif parisien ambitieux en terme d’apprentissage comme d’épanouissement pour les élèves que nous devons travailler tous ensemble, ce projet sera décliné dans les 662 écoles maternelles et élémentaires parisiennes.
En conclusion, mes chers collègues, je tiens à vous confirmer que nous sommes prêts à continuer à travailler d’arrache-pied avec les différents acteurs et l’exécutif parisien jusqu’à la fin du mois de mars et la tenue du prochain Conseil de Paris, afin de pouvoir prendre cette décision majeure pour l’avenir de nos enfants, dans le plus grand consensus possible.
Je vous remercie.